Home News CAN 2025 : quand la CAF brouille les règles du jeu

CAN 2025 : quand la CAF brouille les règles du jeu

CAN 2025 : quand la CAF brouille les règles du jeu

Depuis le 18 janvier, à Rabat, le football africain n’est plus ce qu’il était. La finale de la CAN 2025 devait couronner une édition exemplaire, mais elle a surtout révélé une faille béante dans la lecture des règles, de la responsabilité et du fair play.

L’événement avait pourtant tout pour entrer dans l’histoire. Un million de spectateurs dans les tribunes, 66 000 pour la finale, un tournoi porté à bout de bras par le Maroc, salué pour son organisation et sa logistique. Sur les plateformes, l’audience a explosé avec près de six milliards de vues et plus de cinq milliards de vidéos consultées. Financièrement, le bilan est tout aussi solide. 200 millions de dollars générés, 23 sponsors mobilisés, 111 diffuseurs. La CAN 2025 avait placé la barre à un niveau encore jamais atteint.

Mais sur le terrain, la soirée a dégénéré. Pressions sur l’arbitre, interruptions de jeu, joueurs sénégalais quittant la pelouse, menaces de retrait, tension sur les bancs, scènes violentes dans les tribunes, intrusions, dégradations, chaos… Des faits graves, documentés, diffusés en direct dans le monde entier.

Le sélectionneur sénégalais a écopé de cinq matchs de suspension. Deux joueurs, de deux matchs chacun. La fédération du Sénégal a été sanctionnée de 615 000 dollars d’amende pour des faits allant du comportement des supporters à l’accumulation de cartons.

Côté marocain, Ismaïl Saibari a été suspendu trois matchs pour un geste jugé non sportif. Achraf Hakimi a reçu deux matchs, dont un avec sursis. La FRMF a été condamnée à 315 000 dollars pour des faits secondaires (comportement de ramasseurs de balles, intrusion dans la zone VAR et usage de lasers par une minorité de supporters).

Le contraste est flagrant. À des actes majeurs, la CAF a répondu par des pénalités sans conséquence réelle. À des faits marginaux, elle a opposé des sanctions fermes. Une hiérarchie des fautes totalement brouillée, une lecture de la gravité sans cohérence, et une proportionnalité vidée de sens.

L’instance n’a pas non plus réagi aux accusations publiques du président de la fédération sénégalaise, qui a mis en cause l’intégrité même de la CAF. Aucun rappel à l’ordre, aucune enquête ouverte, aucun communiqué officiel. Un silence assourdissant, au moment où la légitimité de l’institution était en jeu.

Le rejet du recours marocain a par ailleurs clos toute possibilité de requalification juridique de la situation. Selon la CAF, une sortie de terrain, même prolongée, ne constitue pas un retrait. Une position qui crée un précédent lourd de conséquences. Désormais, la menace peut remplacer la règle. Ce que le règlement interdit, l’interprétation peut l’absoudre.

Ce flou réglementaire fait naître une question légitime : à quoi bon des infrastructures aux normes mondiales, une organisation saluée de toutes parts, si l’instance qui en bénéficie refuse d’en garantir l’équité ? Le Maroc, hôte d’une CAN exemplaire, se retrouve assimilé à ceux qui ont failli saboter l’événement.

La CAF n’a pas seulement clos un dossier disciplinaire. Elle a ouvert une brèche dans la confiance. Dans un football africain en quête de rigueur et de respect des institutions, elle a donné le sentiment que la pression peut être récompensée, et que le fair play peut valoir autant que la violence.

Quitter la version mobile