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Migration au Maroc : le paradoxe des routes

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L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a dévoilé son dernier rapport sur les dynamiques migratoires mondiales entre janvier et avril 2025. Un document dense qui dresse une cartographie des itinéraires les plus empruntés, mais aussi de leurs bouleversements. Au cœur de cette reconfiguration, le Maroc apparaît comme un point d’ancrage stratégique, à la fois territoire de transit, terre d’accueil contrainte et acteur diplomatique engagé dans les coopérations régionales.

L’approche adoptée par l’OIM, centrée sur les routes plutôt que sur les pays, éclaire la continuité des parcours migratoires de l’origine à la destination, en passant par les zones de passage. Une méthode qui met en évidence des mutations profondes, notamment sur la route de l’Atlantique occidental. Si les arrivées vers les Canaries depuis les côtes marocaines ont chuté de 37 % sur la période, les décès y ont bondi de 64 %. Derrière cette baisse des flux se cache une réalité plus sombre : des embarcations plus fragiles, des points de départ plus éloignés, une absence criante de moyens de sauvetage.

Cette situation est en partie le résultat d’une coopération sécuritaire renforcée entre pays européens et maghrébins. Patrouilles conjointes, échange de renseignements, contrôles renforcés ont fait reculer certains itinéraires traditionnels. Mais ce succès apparent se paie d’un prix humanitaire élevé. Nombre de migrants se retrouvent bloqués au Maroc, souvent déplacés de force vers le sud du pays, dans une précarité grandissante.

L’OIM attire également l’attention sur l’émergence de nouveaux profils et de nouvelles origines. Les Syriens, longtemps majoritaires sur les routes maritimes vers l’Europe, sont désormais en nette diminution, tandis que les Bangladais représentent une part croissante des arrivées en Méditerranée centrale. Une tendance qui pourrait se répercuter sur le territoire marocain, appelé à accueillir des populations aux besoins spécifiques.

Si les flux visibles diminuent, les pressions ne faiblissent pas. Les politiques de dissuasion et les fermetures partielles de frontières alimentent une sédentarisation contrainte dans les pays de transit. À l’image de la Libye, transformée en zone de rétention à ciel ouvert, le Maroc pourrait voir se stabiliser, sur son sol, des milliers de personnes en situation irrégulière. L’enjeu est de taille : offrir un accès à la santé, à l’éducation, au logement et à l’intégration à des communautés toujours plus diverses et nombreuses.

Le rapport évoque aussi l’avenir. À l’approche de l’été, les tentatives de traversée pourraient repartir à la hausse, dopées par des conditions météorologiques plus favorables. La Coupe d’Afrique des nations, prévue en décembre au Maroc, pourrait également provoquer des mouvements internes, voire une redéfinition des parcours migratoires vers des zones plus isolées et risquées.

Le Royaume est donc à un moment charnière. Sa position géographique, entre deux continents et deux mers, en fait un point de convergence mais aussi un territoire sous tension. Moins de départs, plus de risques, plus de blocages : les lignes migratoires bougent, mais les enjeux humains restent entiers.

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