À Essaouira, la musique a servi de trait d’union entre les spiritualités juive, chrétienne et musulmane le temps d’une soirée inscrite dans la quatrième édition du Festival international L’Âme des Cultures. Organisé dimanche soir, l’événement a placé le dialogue interreligieux au cœur de sa programmation, dans un esprit de recueillement et de coexistence fidèle à l’histoire de la Cité des Alizés.
La rencontre s’est tenue en présence du Conseiller de S.M le Roi Mohammed 6 et président fondateur de l’Association Essaouira Mogador, André Azoulay, entouré de personnalités diplomatiques, culturelles et artistiques. Sur scène, les voix se sont succédé et croisées dans un répertoire puisant dans différentes traditions spirituelles.
Les mezzo sopranos Claire Franco, venue des États Unis, et Tracey Scher, du Canada, ont partagé l’affiche avec les artistes marocaines Samia El Antari d’Essaouira, Souhaila Sahraoui de Moulay Idriss Zerhoun et Houdaya de Rabat. Leur prestation, marquée par une tonalité contemplative, a ouvert un espace d’écoute et de convergence.
L’Orchestre andalou d’Ashdod a également pris part au concert, accompagné du Grand Chœur de la Cité des Alizés et des artistes Mohammed Saïd Akhdim de Tétouan et Soufiane Bengada d’Essaouira. Ensemble, ils ont proposé un dialogue musical nourri d’influences andalouses, soufies et judéo marocaines.
La direction artistique a été assurée par Anas Belhachmi à la tête d’un ensemble andalou réunissant de jeunes musiciens issus de Marrakech, Casablanca, Tétouan, Chefchaouen et Essaouira, aux côtés d’instrumentistes marocains et étrangers. La soirée était dirigée et orchestrée par Hicham Dinar, directeur du festival.
André Azoulay a salué la portée symbolique de cette rencontre, estimant qu’elle dépasse le cadre d’un simple concert et illustre la capacité d’Essaouira à faire de sa diversité un levier d’harmonie. Il a souligné que la juxtaposition des chants andalous, soufis et judéo marocains traduit une tradition locale du vivre ensemble ancrée dans le respect mutuel.
Le Cheikh de la Zaouia Derkaouia de Salé, Abdellatif Elmir, a pour sa part insisté sur la dimension spirituelle de la manifestation, rappelant que les trois religions monothéistes partagent une foi en un Dieu unique et que cette base commune constitue un socle pour la paix et la fraternité.
Moshé Bar Sheshet, membre de l’Orchestre andalou d’Ashdod, a exprimé sa satisfaction de participer à cette édition et de présenter des œuvres issues du patrimoine andalou des Juifs marocains aux côtés d’artistes musulmans et chrétiens.
Dans la continuité du concert, une veillée spirituelle a été organisée à la Zaouïa Kadiria. Des maddahîns et chanteurs venus de plusieurs villes du Royaume y ont interprété des chants de madih, de samâa et des invocations, offrant au public une immersion dans la tradition soufie marocaine.
La manifestation est co organisée par l’Association Jeunes de l’Art Authentique pour le Samaâ et le Patrimoine de la Zaouïa Kadiria d’Essaouira, la Fondation Trois Cultures de la Méditerranée et la Fondation Machado de Séville, en partenariat avec l’Association Essaouira Mogador. Le festival se poursuit jusqu’au 17 février avec des conférences, tables rondes et rencontres spirituelles réunissant des participants des deux rives de la Méditerranée.

