Home General Confiance, IA, cybersécurité… les nouvelles boussoles de la finance africaine

Confiance, IA, cybersécurité… les nouvelles boussoles de la finance africaine

Confiance, IA, cybersécurité... les nouvelles boussoles de la finance africaine

Après plusieurs années portées par l’élan de la transformation numérique, le secteur financier africain amorce une nouvelle séquence marquée par une recherche accrue de stabilité, de rentabilité et de sécurité. C’est ce que révèle la cinquième édition du Baromètre de l’industrie financière africaine, publiée par Deloitte et l’Africa Financial Industry Summit, à l’issue d’une enquête menée auprès de plus de 70 institutions financières sur le continent.

L’étude confirme un recentrage stratégique sur les fondamentaux. En tête des priorités affichées par les dirigeants, la rentabilité domine : 46 % des institutions interrogées en font leur axe de transformation principal. Trois leviers structurent désormais les plans d’action : la performance financière (84 %), l’expérience client (85 %) et la digitalisation (81 %), tous en progression par rapport à 2024. Le secteur entre dans une phase plus rationnelle, avec une croissance plus ciblée, portée par l’efficience.

La confiance des dirigeants s’affiche à un niveau élevé. En 2025, ils évaluent à 8 sur 10 la perspective économique de leur organisation à trois ans. Cette note progresse par rapport à l’année précédente, portée notamment par la désinflation et une dynamique commerciale mieux maîtrisée. Les institutions de microfinance atteignent même un score moyen de 9 sur 10, devant les assurances et les fintechs, qui revoient leurs anticipations à la baisse après des sommets en 2024. Les groupes panafricains affichent un niveau de confiance solide, tandis que les acteurs internationaux et ceux des marchés de capitaux demeurent plus prudents.

L’amélioration des indicateurs financiers est tangible : 69 % constatent une hausse de leur marge nette d’exploitation, 57 % une progression de leur Return on Equity et 58 % une amélioration du Return on Assets. Pourtant, l’efficience opérationnelle fléchit légèrement, preuve des contraintes croissantes liées aux coûts et à la complexité réglementaire.

La cybersécurité s’impose désormais comme un risque systémique à part entière. Elle figure parmi les trois principales préoccupations pour 51 % des institutions, contre 39 % un an plus tôt. Près de 60 % estiment leur niveau d’exposition élevé. Le besoin de régulation est massif : 97 % des répondants souhaitent des évolutions réglementaires sur ce sujet. La majorité des acteurs ont investi dans la détection des menaces, mais les capacités de remédiation restent limitées. Le véritable défi se déplace vers la résilience.

La maturité digitale progresse également. 54 % des institutions se considèrent désormais comme avancées, avec des écarts selon les segments. Les fintechs conservent leur position de tête, mais les compagnies d’assurance enregistrent la progression la plus nette. L’intelligence artificielle s’impose comme un outil stratégique : 77 % anticipent un impact fort ou transformant dans la détection des fraudes, 70 % sur l’analyse du risque crédit et autant sur l’optimisation des processus. Les usages commerciaux, comme la personnalisation ou les assistants virtuels, gagnent aussi en visibilité.

À l’échelle continentale, l’intégration des systèmes progresse. L’interopérabilité est identifiée comme un chantier majeur d’ici 2030. Le système PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System) s’affirme comme le projet le plus avancé, avec une reconnaissance croissante de son impact sur les coûts et délais de règlement des paiements intra-africains.

Sur les fronts de l’inclusion financière et de l’ESG, la dynamique reste contrastée. L’inclusion n’est une priorité stratégique que pour 39 % des institutions, portée essentiellement par les fintechs et la microfinance. Côté ESG, l’approche devient plus pragmatique : les institutions privilégient les volets à impact immédiat. L’investissement à impact est la dimension la plus structurée, tandis que les démarches globales reculent légèrement. En revanche, la parité progresse, avec 47 % des institutions ayant mis en place des politiques concrètes et 44 % assurant un reporting genré.

Au sortir de cette enquête, une ligne claire se dessine : l’industrie financière africaine se structure autour de priorités durables, bâties sur la solidité opérationnelle, la résilience numérique et une ambition continentale affirmée.

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