Casablanca-Settat dispose d’atouts touristiques solides, mais peine encore à les transformer en image forte à l’international. Troisième destination du Royaume en nombre de nuitées dans les établissements classés, derrière Marrakech et Agadir, la région reste largement associée au tourisme d’affaires, alors que son potentiel culturel, balnéaire, commercial et de loisirs demeure insuffisamment valorisé.
Au premier trimestre 2026, Casablanca a enregistré 768.000 nuitées dans les établissements classés, en hausse de 21 %. Sa part reste toutefois limitée à 8 %, loin derrière Marrakech, qui totalise 3,318 millions de nuitées, et Agadir, avec 1,928 million. Du côté des arrivées à l’aéroport Mohammed V, 712.000 passagers ont été recensés, soit une progression de 24 % par rapport à la même période de 2025. Marrakech Menara reste devant avec 1,289 million d’arrivées, en hausse de 10 %.
L’écart interroge d’autant plus que Casablanca dispose du premier aéroport du Royaume, avec une capacité de 14 millions de passagers et des liaisons directes depuis l’Asie et l’Amérique du Nord. Marrakech Menara, dont la capacité atteint 9 millions de passagers, bénéficie toutefois d’un positionnement touristique beaucoup plus lisible, porté par les loisirs, le city break, le luxe, la gastronomie et une forte présence des compagnies low cost.
Casablanca, elle, avance avec une identité touristique encore brouillée. La ville peut s’appuyer sur la Mosquée Hassan II, la corniche, les quartiers historiques des Habous et de l’ancienne médina, ses centres commerciaux, sa vie nocturne, ses festivals et l’imaginaire mondial lié au film Casablanca. Ces éléments ne suffisent pourtant pas à installer la capitale économique comme destination incontournable auprès des voyageurs internationaux, au-delà du segment affaires.
Même le tourisme de congrès et d’événements professionnels, pourtant naturel pour une métropole économique, a longtemps profité à Marrakech. Casablanca retrouve progressivement une place dans ce segment autour de l’OFEC, en attendant la création d’un centre de congrès et de conférences capable de répondre aux standards internationaux.
La question de la promotion reste centrale. Les Conseils régionaux du tourisme assurent cette mission, avec des moyens variables et souvent jugés insuffisants par les professionnels. Pour Casablanca-Settat, le budget annuel atteint 10 millions de dirhams, dont seulement 600.000 dirhams consacrés au fonctionnement. L’enveloppe comprend 6 millions de dirhams apportés par l’ONMT pour la promotion, directement orientés vers les prestataires, 2 millions de dirhams de la région, 1 million de dirhams de la commune et entre 1 et 2 millions de dirhams sous forme d’échanges de marchandises.
Ces moyens limitent la capacité d’action sur plusieurs fronts. Campagnes digitales, réseaux sociaux, influence, storytelling, publicité, brochures, salons internationaux, reportages, conférences, forums et éductours exigent des budgets conséquents, mais aussi des équipes permanentes capables de construire une stratégie durable.
Le retard ne relève pas seulement des moyens. La destination Casablanca manque aussi d’outils modernes et visibles. À l’heure de l’intelligence artificielle, la région pourrait développer des circuits interactifs dans les Habous, des expériences numériques autour du patrimoine, un ambassadeur virtuel de destination ou encore une carte touristique claire, disponible dans les points d’information et attendue par de nombreux visiteurs.
Marrakech illustre, à l’inverse, la force d’une marque touristique installée. La ville bénéficie d’une exposition continue sur les réseaux sociaux, dans les émissions internationales et à travers les expériences relayées par les célébrités, les chefs, les influenceurs et les voyageurs. La Mamounia, le Royal Mansour, la gastronomie marocaine, les riads, les souks et l’art de vivre marrakchi composent un récit immédiatement identifiable.
En 2025, Marrakech a atteint 13,66 millions de nuitées dans les établissements touristiques classés, avec un taux d’occupation de 73 %. Agadir a totalisé 8,138 millions de nuitées, avec un taux de 72 %. Casablanca a enregistré 3,18 millions de nuitées, pour un taux d’occupation de 57 %.
Même Marrakech réclame pourtant de nouvelles infrastructures pour soutenir son rang, notamment un palais des congrès de grande capacité, une station Oukaïmeden aux standards internationaux et la connexion LGV vers Tanger annoncée pour 2029. Ces attentes montrent que la promotion ne peut produire ses effets que si elle s’appuie sur une offre structurée, accessible et cohérente.
Pour Casablanca-Settat, l’enjeu consiste désormais à sortir d’une image limitée au business. La Coupe du Monde 2030, coorganisée par le Maroc avec l’Espagne et le Portugal, peut accélérer les investissements, renforcer les infrastructures et offrir une vitrine exceptionnelle. Mais pour en profiter pleinement, la destination devra clarifier son positionnement, raconter ses atouts et donner envie d’y séjourner, pas seulement d’y passer.

