La hausse des prix du pétrole fait peser une pression croissante sur l’économie marocaine. Selon les estimations de Saham Research, chaque augmentation de 10 dollars du baril au-delà des hypothèses retenues dans la Loi de Finances 2026 entraîne un surcoût de l’ordre de 15 milliards de dirhams.
Cette tension s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par une escalade au Moyen-Orient, qui perturbe les marchés énergétiques mondiaux. Le blocage du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour une part significative de l’approvisionnement mondial, a contribué à la flambée des prix. Le baril de Brent a ainsi franchi le seuil des 100 dollars, bien au-delà des 65 dollars retenus dans les prévisions budgétaires marocaines.
Fortement dépendant des importations, le Maroc reste particulièrement exposé à ces variations. Près de 90 pour cent de ses besoins énergétiques proviennent de l’étranger, ce qui amplifie l’impact des chocs externes sur ses équilibres économiques.
Dans un scénario de tension prolongée sur six à douze mois, les répercussions pourraient être significatives. La facture énergétique du Royaume pourrait s’alourdir de 40 à 50 milliards de dirhams en 2026. Le coût du gaz butane, également en hausse, viendrait accentuer la pression sur les finances publiques, avec un impact estimé entre 5,5 et 7,5 milliards de dirhams.
Les effets pourraient s’étendre au-delà du seul secteur énergétique. Des tensions sur certaines importations alimentaires, notamment le blé et le sucre, sont évoquées, avec un coût additionnel estimé à environ 3 milliards de dirhams. Le déficit commercial pourrait, dans ce contexte, atteindre près de 430 milliards de dirhams.
Les équilibres macroéconomiques seraient également affectés. Le déficit budgétaire pourrait s’approcher de 4 pour cent du produit intérieur brut, tandis que l’inflation subirait une pression à la hausse. La politique monétaire pourrait évoluer en conséquence, avec un possible relèvement des taux directeurs par Bank Al Maghrib.
Sur le marché des changes, le dirham pourrait se déprécier face au dollar, tandis que la Bourse de Casablanca pourrait connaître un repli notable. L’indice MASI pourrait enregistrer une correction comprise entre 10 et 15 pour cent dans un scénario intermédiaire.
À plus long terme, un conflit durable au-delà d’un an accentuerait ces déséquilibres. La croissance pourrait ralentir, l’inflation s’installer à des niveaux plus élevés et les réserves de change se contracter.
À l’inverse, une désescalade rapide limiterait l’impact économique, avec des effets temporaires sur les marchés et les finances publiques.
Face à ces incertitudes, le Maroc dispose néanmoins de marges de manœuvre. L’accès aux mécanismes de financement internationaux, notamment auprès du Fonds monétaire international, ainsi que le recours aux marchés financiers et aux partenariats extérieurs, constituent des leviers pour amortir le choc.

