L’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran ravive les tensions sur les marchés mondiaux de l’énergie et fait ressurgir le spectre d’un choc économique global. Selon une analyse publiée par Coface, la situation reste pour l’instant marquée par des tensions financières et géopolitiques plutôt que par une rupture réelle des approvisionnements, mais les risques pourraient rapidement s’amplifier si le conflit venait à durer.
Les marchés pétroliers ont réagi immédiatement à l’annonce des frappes menées contre l’Iran. À l’ouverture des échanges, le prix du Brent a bondi de plus de 10 pour cent, traduisant une forte hausse de la prime de risque géopolitique. Cette réaction intervient alors que le marché était auparavant caractérisé par une offre abondante et des stocks en reconstitution rapide, avec un prix moyen du baril estimé à environ 68 dollars en 2025.
Le principal point de vigilance reste le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 pour cent du pétrole consommé dans le monde et près de 30 pour cent des flux maritimes de brut. Une perturbation durable dans cette zone pourrait provoquer un choc majeur sur les marchés énergétiques. Les capacités alternatives pour contourner ce passage demeurent limitées et insuffisantes pour absorber une interruption significative du trafic.
Dans un scénario de perturbation prolongée, le prix du Brent pourrait franchir le seuil des 100 dollars le baril et dépasser certains niveaux historiques. Les estimations évoquent même la possibilité d’un dépassement du record de 147 dollars enregistré en 2008.
La production iranienne représente également un facteur déterminant. Le pays produit plus de trois millions de barils de pétrole par jour et en exporte près de deux millions, principalement vers les marchés asiatiques. Une interruption de ces flux obligerait les importateurs à se tourner vers d’autres fournisseurs à des coûts plus élevés, accentuant encore la pression sur les prix.
Le risque ne se limite pas à l’offre iranienne. Dans un contexte d’escalade régionale, des infrastructures pétrolières d’autres pays du Golfe pourraient également être visées. Les capacités de réserve disponibles au sein de l’OPEP+, estimées entre quatre et cinq millions de barils par jour, restent limitées et concentrées dans quelques pays producteurs.
Les conséquences potentielles dépassent largement le marché pétrolier. Le détroit d’Ormuz constitue également un passage essentiel pour le transport de gaz naturel liquéfié, d’engrais, de métaux industriels et de produits pétrochimiques. Plusieurs compagnies maritimes ont déjà commencé à adapter leurs routes commerciales en contournant la région par le cap de Bonne Espérance, ce qui allonge les trajets de neuf à quatorze jours et augmente les coûts logistiques.
Cette réorganisation progressive des routes commerciales pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et alimenter de nouvelles tensions inflationnistes, en particulier pour les économies fortement dépendantes des importations d’énergie.
À plus long terme, un pétrole durablement au-dessus de 100 dollars le baril pourrait déclencher un choc macroéconomique global. Une hausse prolongée d’environ quinze dollars du Brent pourrait réduire la croissance mondiale d’environ 0,2 point et ajouter près de 0,5 point d’inflation. Dans un tel contexte, le risque de stagflation, combinant ralentissement économique et inflation élevée, redeviendrait une menace sérieuse pour l’économie mondiale et pour le commerce international.

