Une étude présentée mardi à Salé met en lumière les limites persistantes de l’accès des personnes en situation de handicap aux services publics. Réalisée par l’Institution du Médiateur du Royaume, en partenariat avec le Secrétariat d’État chargé de l’Insertion sociale et l’Observatoire national du développement humain, cette étude appelle à structurer davantage l’organisation interne des administrations.
Intitulé « Usagers en situation de handicap conditions d’accessibilité aux services et insertion administrative », le document s’attache à dresser un état des lieux précis. Il insiste sur la nécessité d’évaluer les conditions d’accessibilité sous toutes leurs formes, qu’elles soient physiques, procédurales ou numériques.
Les auteurs plaident pour la mise en place de référentiels internes harmonisés afin d’encadrer l’accueil et l’accompagnement des usagers concernés. L’objectif consiste à couvrir l’ensemble des dimensions, de l’accès aux bâtiments jusqu’à l’adaptation des démarches administratives et des outils numériques.
Présente lors de la restitution, la ministre Naima Benyahia a souligné que ce travail vise à mieux comprendre les conditions concrètes d’accès aux services publics. L’analyse porte à la fois sur l’accessibilité des prestations, la qualité de l’accueil, l’adaptation des procédures et la mise en œuvre des aménagements nécessaires.
L’étude s’intéresse également aux obstacles rencontrés sur le terrain, tout en recensant les initiatives déjà engagées. Elle aborde aussi les conditions de travail des fonctionnaires en situation de handicap au sein des administrations publiques.
Pour la ministre, l’enjeu dépasse la seule question des infrastructures. L’accessibilité relève d’un droit fondamental, conditionnant l’autonomie et l’égalité des chances. Elle rappelle que cette ambition suppose des équipements adaptés mais aussi des compétences humaines spécialisées.
Les résultats font apparaître un paysage contrasté. Des efforts sont relevés, mais ils restent fragmentés et insuffisamment coordonnés. L’étude invite ainsi à passer d’actions ponctuelles à une politique publique structurée et cohérente.
Les chiffres illustrent ces lacunes. Seules 26 pour cent des administrations disposent d’un cadre écrit pour encadrer l’accès des personnes en situation de handicap. Une proportion comparable concerne la désignation d’un service ou d’un responsable chargé du suivi de cette question.
Le président de l’Observatoire national du développement humain, Othman Gayer, relève lui aussi l’absence fréquente de dispositifs organisationnels clairs. Il pointe également des écarts en matière d’accessibilité numérique, malgré des avancées dans la simplification des démarches.
Il observe toutefois une évolution des pratiques. De plus en plus d’administrations mettent en place des mesures d’adaptation, que ce soit dans l’accueil ou dans l’ajustement de certains services, signe d’une prise de conscience progressive.
Le Médiateur du Royaume, Hassan Tariq, rappelle que le Maroc a enregistré des avancées notables ces dernières années. Il évoque une dynamique portée par des choix normatifs et un engagement institutionnel continu, tout en appelant à une évaluation plus rigoureuse des politiques mises en œuvre.
Il insiste sur la nécessité d’identifier les insuffisances et de corriger les dysfonctionnements persistants. À ses yeux, la médiation trouve ici tout son sens, à l’intersection entre le droit et la réalité vécue par les usagers.
L’étude recommande par ailleurs de renforcer la formation et les ressources humaines, ainsi que de soutenir l’insertion professionnelle dans la fonction publique. Elle préconise la mise en place d’un mécanisme centralisé pour suivre l’intégration des fonctionnaires en situation de handicap, à travers l’adaptation des postes et des conditions de travail.
Elle appelle aussi à instaurer un système de gouvernance fondé sur le suivi et l’évaluation, en associant les personnes concernées et la société civile. Le renforcement des voies de recours adaptées figure également parmi les priorités.
Certains indicateurs témoignent néanmoins d’avancées concrètes. Plus de 90 pour cent des administrations déclarent adapter leurs procédures, de manière régulière ou ponctuelle. Près de 80 pour cent mettent en place des dispositifs spécifiques lors de l’accueil des usagers en situation de handicap.

