Une étude menée à l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan met en lumière la fragilité psychologique d’une partie des étudiants marocains. Publiée dans la revue scientifique Discover Public Health, elle indique que 27 % des 1.191 étudiants interrogés présentent un risque suicidaire sur la période étudiée.
L’enquête a concerné des étudiants issus de six établissements de l’université, quatre facultés et deux écoles supérieures. L’échantillon réunit 623 femmes et 568 hommes, avec un âge moyen de 21,69 ans. Les chercheurs ont analysé plusieurs dimensions de leur situation, dont le profil social, les antécédents psychiatriques, l’exposition aux violences et la consommation de substances psychoactives.
Sur les 1.191 étudiants interrogés, 322 ont été dépistés positifs à un risque suicidaire. La grande majorité des cas relevait d’un niveau faible, tandis qu’une part plus limitée présentait un risque modéré. Les situations les plus préoccupantes représentaient 0,6 % de l’ensemble de l’échantillon. Les étudiants concernés ont été orientés vers un suivi psychiatrique.
L’étude identifie plusieurs facteurs associés à ce risque. La consommation de cannabis apparaît comme le facteur le plus fortement lié aux résultats observés. Les chercheurs relèvent aussi des associations avec le célibat, les antécédents psychiatriques familiaux et l’exposition à des violences physiques ou sexuelles.
Ces données posent la question de la capacité des dispositifs universitaires à repérer et accompagner les étudiants en difficulté. Le Maroc compte environ 1,31 million d’étudiants dans l’enseignement supérieur, mais les données consolidées disponibles sur la santé universitaire restent anciennes.
Le Conseil économique, social et environnemental indiquait qu’en 2019, le dispositif comptait 30 centres médico-universitaires, 27 infirmeries opérationnelles et 107 professionnels toutes catégories confondues. Le CESE relevait aussi que plusieurs villes universitaires ne disposaient pas de centre médico-universitaire, malgré des effectifs importants.
Les Espaces Santé Jeunes viennent compléter cette offre, avec des prestations d’écoute, d’accompagnement psychosocial et d’orientation. Leur champ reste toutefois plus large, puisqu’ils s’adressent aux jeunes de 10 à 25 ans, et ne remplacent pas une présence structurée au sein des campus.
Un plan d’action conjoint 2022-2026 a été mis en place par les ministères de la Santé et de la Protection sociale et de l’Enseignement supérieur. Pour les auteurs de l’étude, l’enjeu porte désormais sur l’efficacité concrète du repérage, l’accès aux soins et l’orientation rapide vers des structures spécialisées.
L’étude recommande un dépistage régulier et confidentiel sur les campus, un meilleur accès aux services de santé mentale, un accompagnement renforcé des étudiants exposés aux violences et des actions ciblées contre les conduites addictives. Elle appelle aussi à produire des données plus récentes sur la santé universitaire, afin de mieux mesurer les besoins et d’adapter les réponses.

