Home Culture Rabat explore l’histoire du drapeau marocain

Rabat explore l’histoire du drapeau marocain

Rabat explore l’histoire du drapeau marocain
Rabat explore l’histoire du drapeau marocain

À Rabat, l’histoire des drapeaux du Maroc a fait l’objet d’un éclairage inédit lors d’un colloque scientifique organisé par l’Institut royal pour la recherche sur l’histoire du Maroc, structure relevant de l’Académie du Royaume. La rencontre, animée par l’historien Mohamed Nabil Mouline, a permis d’explorer la profondeur symbolique de cet emblème national à travers les siècles.

L’auteur de l’ouvrage Drapeaux du Maroc : une histoire symbolique y retrace l’évolution du drapeau marocain, depuis ses premières formes tribales et militaires jusqu’à sa charge identitaire et politique actuelle. Devant un public de chercheurs, d’universitaires et de passionnés d’histoire, Mohamed Nabil Mouline a détaillé les mutations successives de cet objet devenu central dans la construction de l’État et de la souveraineté.

Le parcours commence bien avant l’unification politique du territoire. Avant la naissance de la dynastie almoravide, les drapeaux servaient essentiellement à distinguer les entités tribales et à organiser les troupes. Ce n’est qu’avec l’arrivée des Almoravides, et surtout des Almohades, qu’un basculement s’opère. Les premiers imposent le noir, symbole d’autorité, tandis que les seconds adoptent le blanc, couleur qui devient le signe de la majesté du sultan, en particulier lors des cérémonies officielles.

Les dynasties mérinide et saadienne perpétuent cette tradition du blanc, avant que le XVIIe siècle ne voie apparaître la couleur verte, associée aux confréries soufies, qui s’impose dans les cortèges religieux. L’arrivée de la dynastie alaouite marque un nouveau tournant : le rouge devient l’emblème du pouvoir central, tandis que le vert conserve sa dimension spirituelle.

Avec les bouleversements du XIXe siècle et les tensions internationales croissantes, le drapeau marocain se transforme à nouveau. En 1915, un pentagramme vert est ajouté au fond rouge. Ce symbole, que le mouvement national s’approprie ensuite, devient l’étendard de la lutte pour l’indépendance et l’unité. Le Sultan Mohammed Ben Youssef en fait l’expression de la souveraineté retrouvée, avant qu’il ne soit officiellement adopté par le Maroc indépendant.

Pour le directeur de l’Institut, Rahal Boubrik, cette conférence s’inscrit dans une démarche plus large de renouvellement des approches historiques. En explorant les symboles et les signes, au-delà des seuls événements politiques, l’Institut entend enrichir la compréhension de l’histoire du Maroc. Le drapeau, dans cette perspective, apparaît non seulement comme un marqueur d’autorité, mais aussi comme un témoin de l’évolution de l’idée d’État et d’identité.

Chercheur au CNRS et diplômé de la Sorbonne et de Sciences Po Paris, Mohamed Nabil Mouline s’impose comme une figure de référence dans l’étude des dynamiques politiques et symboliques au Maroc. Parmi ses ouvrages figurent Le califat : histoire politique de l’islam et une étude approfondie sur l’histoire constitutionnelle du Royaume.

Quitter la version mobile