Les Moumkine Days 2026 ont placé les Marocains du monde au cœur d’un enjeu stratégique pour le Royaume, celui de la souveraineté numérique. Organisée les 18 et 19 juin à l’Université internationale de Rabat, cette deuxième édition a réuni responsables institutionnels, universitaires, entrepreneurs et experts autour d’une même idée. Les compétences marocaines établies à l’étranger peuvent devenir un levier décisif pour l’innovation, l’intelligence artificielle et la compétitivité nationale.
La rencontre, portée par le Forum marocain des compétences et des élites Moumkine, en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger et avec la participation du Conseil économique, social et environnemental, intervient dans un contexte où la maîtrise des technologies devient un marqueur de puissance. Pour les organisateurs, le Maroc dispose déjà d’un vivier d’experts présents dans les grands centres de recherche, les universités et les entreprises technologiques du monde. Reste à construire les mécanismes capables de les connecter durablement aux priorités nationales.
Omar El Mourabit, président fondateur de Moumkine, a ouvert les travaux en établissant un parallèle avec la réussite sportive du Royaume. À ses yeux, le Maroc doit pouvoir compter sur une équipe d’excellence dans la technologie, l’innovation, l’industrie et l’économie, comme il s’appuie sur ses talents issus de la diaspora dans le football. Il a rappelé que l’initiative Moumkine est née pour créer ce lien entre les Marocains du monde et les grands chantiers engagés sous l’impulsion de S.M. le Roi Mohammed VI.
La question de la souveraineté numérique a été au centre de l’intervention d’Abdelkader Amara, président du CESE. Selon lui, le débat ne porte plus sur l’entrée du Maroc dans l’ère de l’intelligence artificielle, mais sur sa capacité à maîtriser ces technologies et à les mettre au service du développement. Il a insisté sur le rôle du capital humain, de la formation, de la connaissance et de l’esprit critique dans un environnement où l’IA transforme déjà les usages, les comportements et les services.
Le CESE défend, dans cette perspective, la construction d’une industrie nationale de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030, avec des secteurs prioritaires comme l’éducation, la santé et l’agriculture. L’objectif est de dépasser une vision limitée aux infrastructures ou aux données pour bâtir une autonomie technologique fondée sur la recherche, l’innovation et les compétences.
Driss El Yazami, président du CCME, a replacé cette réflexion dans un contexte international marqué par une concurrence intense pour attirer les talents. Il a rappelé que plus de six millions de Marocains vivent à l’étranger et que leur niveau de qualification a fortement progressé au fil des années. Près d’un Marocain du monde sur cinq dispose aujourd’hui d’une formation universitaire.
Pour le président du CCME, cette évolution impose de renouveler la relation avec la diaspora. Les Marocains du monde doivent être davantage associés aux projets nationaux, dans une logique de dialogue réciproque. Le Maroc doit mieux connaître ses compétences établies à l’étranger, tandis que ces dernières doivent aussi comprendre les dynamiques à l’œuvre dans leur pays d’origine.
Le témoignage de Noureddine Mouaddib, président de l’Université internationale de Rabat, a donné un exemple concret de cette mobilisation. En retraçant la création de l’UIR, il a montré comment une vision portée par des compétences marocaines de l’étranger peut faire émerger des projets structurants. L’université s’est imposée aujourd’hui comme un acteur majeur de l’enseignement supérieur et de l’innovation en Afrique, avec plus de 780 brevets déposés et plus d’une centaine d’enseignants-chercheurs marocains revenus de l’étranger.
Pour lui, la diaspora répond d’abord à des projets clairs. Les discours généraux ne suffisent pas. Ce sont les objectifs précis, les cadres structurés et les perspectives concrètes qui permettent de mobiliser les talents. Il a également appelé à renforcer une souveraineté scientifique marocaine, notamment à travers la formation, la recherche et le développement d’une intelligence artificielle souveraine.
Le secteur privé entend aussi jouer sa part. Karim Amor, président de la Région 13 de la CGEM dédiée aux Marocains du monde, a plaidé pour transformer le potentiel de la diaspora en projets économiques tangibles. Il a évoqué des initiatives menées dans l’aéronautique, les drones, les technologies quantiques et la cybersécurité, tout en appelant à rester attentif aux effets de l’intelligence artificielle et de la robotique sur l’emploi.
Les travaux des Moumkine Days ont également porté sur le transfert de technologie, l’innovation académique, la résilience cybernétique et la préparation du Maroc à l’intelligence artificielle. Des sessions ont été consacrées à la plateforme Moumkine et aux perspectives de la stratégie marocaine de l’IA à l’horizon 2030.
Au terme de cette édition, une conviction s’est imposée. Le Maroc ne manque pas de talents dispersés dans le monde. Son défi consiste désormais à les fédérer autour de projets utiles, à créer des passerelles durables avec les institutions et les entreprises, et à faire de cette diaspora qualifiée un moteur de souveraineté numérique, de recherche et de création de valeur.

