L’intelligence artificielle pourrait transformer en profondeur le marché du travail espagnol au cours de la prochaine décennie. Selon une étude publiée jeudi par la fondation Funcas, entre 1,7 et 2,3 millions d’emplois pourraient être affectés en Espagne entre 2025 et 2035.
Le rapport, consacré à l’impact de l’IA sur le marché du travail espagnol, estime que l’automatisation n’est plus un scénario lointain. Elle constitue désormais un enjeu concret pour les entreprises et les salariés, avec des effets attendus sur plusieurs catégories de métiers.
Les fonctions administratives figurent parmi les plus exposées, tout comme les postes de techniciens de niveau moyen et supérieur. Les tâches répétitives, les missions d’analyse documentaire ou certains travaux de traitement de l’information apparaissent plus facilement automatisables avec les nouveaux outils numériques.
Funcas envisage plusieurs scénarios. L’hypothèse centrale retient environ deux millions de postes concernés. Dans une trajectoire plus favorable, l’impact pourrait se limiter à 700.000 emplois. Le scénario le plus défavorable évoque, lui, plus de 3,5 millions de postes affectés.
Cette évolution devrait toutefois se produire progressivement. L’étude évoque surtout des contrats non renouvelés, des postes laissés vacants ou une réorganisation interne des fonctions, plutôt qu’un choc immédiat sur l’emploi.
L’adoption de l’IA progresse déjà dans les entreprises espagnoles. Au premier trimestre 2025, 21,1 % des sociétés de plus de dix salariés utilisaient au moins une technologie d’intelligence artificielle, contre 12,4 % en 2023. Les technologies de l’information et de la communication restent en tête, avec un taux d’adoption de 58,7 %, devant les services et l’industrie.
Le rapport insiste aussi sur les gains possibles. Les entreprises ayant intégré l’IA affichent une productivité supérieure de 27 % par rapport à celles qui ne l’utilisent pas. La technologie pourrait également contribuer à créer 1,61 million de nouveaux emplois d’ici 2033 et améliorer les conditions de travail de plusieurs millions de salariés.
Pour Funcas, l’enjeu central réside dans la formation et la requalification. L’étude appelle à des politiques actives, en particulier pour les cadres intermédiaires et les profils dont les missions sont les plus exposées, afin de faire de cette mutation un facteur de croissance durable.

